PSYCHOSOMATIQUE


Le père de la psychosomatique est Groddeck  (1866-1934).
Il a écrit notamment « Le livre du ça » publié en 1923, et trois tomes de conférences psychanalytiques publiées entre 1916 et 1919.

C’était un homme intéressé par la psychanalyse qui aura une correspondance avec Freud en 1917. Il désigne l’inconscient par le « ça », terme que Freud lui empruntera par la suite.
Pour Groddeck, le corps et la psyché ne font qu’un, bien qu’il distingue le « ça », qui incarne dans le corps une pensée biologique et le moi, c'est-à-dire la conscience et l’idée que l’on se fait de soi-même et qui sont en partie modelées par les exigences de la vie sociale.
Selon lui, les maladies organiques proviennent toutes du conflit entre le « ça », qui inspire nos pulsions inconscientes, et les exigences de la vie sociale qui s’opposent à leur satisfaction. Les maladies seraient donc l’expression de nos conflits. Groddeck en est venu à cette conclusion en s’inspirant de l’idée freudienne que l’hystérie est la conversion somatique d’un conflit exprimé symboliquement par son symptôme. Pour lui, tous les maux qui affectent notre corps ont pour cause un conflit entre le « ça » (l’inconscient) et les exigences contraires de l’existence sociale. La cause de nos affections sont donc psychologiques : les maladies ont un sens et pour les supprimer, il faut traiter la cause (donc par un travail psychologique) et non pas le symptôme (la maladie organique).

Quelques notions de physiologie...
Ma vision de la psychosomatique s'appuie sur des bases biologiques remarquablement bien décrites par Antonio Damasio dans son livre "L’erreur de Descartes" chez Odile Jacob :
"Pour un organisme humain, la survie sur un plan biologique est fondamentale. Elle dépend d’un ensemble de mécanismes biologiques qui maintient l’intégrité des cellules et des tissus."

- les besoins fondamentaux engendrent des réponses innées :
Pour le corps, la biologie doit être correctement approvisionnée en oxygène, en eau, en substances nutritives, ce qui est assuré par la respiration, l'apport d'eau et l’alimentation. C’est vital pour la survie d’un individu.
La reproduction est un besoin de survie de l’espèce, donc il existe des pulsions qui permettent à l’organisme d’avoir des descendants. C’est vital pour la reproduction de l’espèce.

Pour ce faire, le cerveau a des circuits innés, dont l’activation stimulée par des mécanismes biochimiques du corps, déclenche des réflexes de pulsions et d’instincts ajustant la respiration et l’alimentation aux besoins fondamentaux.
EX : j’ai bu mon thé le matin. Depuis je n’ai rien bu et il est 16h. L’homéostasie de mon corps informe une partie de mon cerveau située dans le tronc cérébral (qui est le cerveau archaïque), qu’il y a un manque d’eau. Une pulsion de soif est alors déclenchée, et machinalement je me sers un verre d’eau.
Des pulsions ou des instincts vont me pousser à rechercher une alimentation correcte, une bonne température, un bon ensoleillement et tout ce qui va me procurer une vie des plus favorables (qui réponde aux besoins fondamentaux du corps).
Par ailleurs, pour éviter la destruction par des prédateurs (sur un plan archaïque) ou dans nos sociétés fuir des conditions de milieu néfaste, il existe des pulsions ou des instincts qui déterminent des comportements de fuite ou de lutte.
Ces mécanismes qui gèrent les processus biologiques fondamentaux impliqués dans la survie de l’individu et de l’espèce sont le plus souvent sous le contrôle d’activités neuronales innées et ne varient pas beaucoup. Ça se fait littéralement à notre insu.
Le signal est déclenché soit par le corps (manque d’eau), soit par l’extérieur (je suis attaqué), ou bien par le mental (il a voulu m’attaquer et je revois la menace en permanence). On aboutit à un comportement instinctif : aller boire, prendre ses jambes à son cou ou être très en colère. Ces différents comportements sont innés. On a juste adapté le fonctionnement à l’environnement dans lequel on est. L’organisme va également classer ces événements en bons ou mauvais évènements en fonction de leur impact possible sur la survie.
Lors d’une situation particulière, qui nous met en danger sur un plan réel, virtuel ou imaginaire, des pulsions archaïques de survie sont automatiquement activées pour nous préserver. Pourquoi archaïque : parce que ce sont des pulsions qui sont gérées par le cerveau limbique et reptilien et qui existent depuis la nuit des temps. Le but est de sauver le corps.

- physiologie de ces centres
Cette partie du cerveau, le tronc cérébral (cerveau reptilien) où se trouvent ces centres est régulé par le système endocrinien, le système immunitaire, les systèmes nerveux sympathique et parasympathique : les liens avec le corps y sont très étroits.
Il est également en lien avec le système limbique qui joue un rôle important dans l’expression et la perception des émotions.
Le système limbique exprime des émotions innées, mais également des émotions modifiables en fonction des expériences vécues par l’organisme.
Une émotion prend naissance dans le corps, elle est physiologique.
Si je vous dis : battements accélérés du cœur, souffle court, lèvres tremblantes, jambes en coton, vous savez que c’est la peur.

L’être humain a un néo-cortex. Très schématiquement, la partie récente (haute) du cerveau réfléchit, elle est le siège de la raison et de la volonté ; alors que la partie ancienne (basse) du cerveau s’occupe de la régulation biologique fondamentale, donc du corps et des émotions.
Du système limbique, partent des connections vers le néocortex avec lequel on va penser. En fait, de nombreux mécanismes de régulation partent dans tous les sens. Les mécanismes neuraux qui sous-tendent la faculté de raisonnement fonctionnent avec et à partir de ceux qui sous-tendent la régulation biologique.
Le néo-cortex fonctionne de pair avec les parties anciennes du cerveau et la faculté de raisonnement résulte de leur activité concertée.

 

Le pont entre les deux sont les émotions.
Il y a donc une unité entre le corps, les émotions et le mental. C’est un tout. Des interactions partent et informent l’ensemble du corps. Cette régulation permanente entre les trois permet une unité. Donc nous ne sommes pas qu’un corps, ni que des émotions, ni qu’un mental, mais nous sommes cette unité qui traverse les trois. On pense avec son corps et avec ses émotions.

- Au-delà des pulsions et des instincts :
L’homme a des capacités d’adaptation que n’ont pas les animaux. Ses instincts ne vont pas être exprimés de façon brutale : ils sont modifiés par la culture et la vie sociale.

 

Un homme voit sa femme parler avec un autre homme, il ne va pas forcément tuer celui-ci. Mais il va venir chercher sa femme sous un prétexte ou un autre. Cela répond à un besoin biologique fondamental : si la mère de mes enfants quitte le nid, mes enfants seront en danger ; ou si ma femme part, je ne pourrai plus me reproduire ou je serai seul.
Pour Damazio, la plupart des règles éthiques et des conventions sociales, aussi élevées que soit leur but, doivent être, en fait reliées à des objectifs plus simples : des pulsions et des instincts. Parce qu’atteindre ou ne pas atteindre un but social subtil, contribue, bien qu’indirectement à la survie et à la qualité de cette survie.
Derrière tout comportement humain, il y a des mécanismes biologiques. Mais tout comportement humain ne s’y réduit pas : l'important est ce qu'on en fait et la façon dont notre psychisme les développe. Reste-t-on au niveau de la pulsion brute (tuer l'autre) ou s'élève-t-on jusqu'à l'humain (entrer en relation avec l'autre) ?
Donc, nos comportements, qu’ils surviennent de façon archaïque ou civilisée, sont sous-tendus par des pulsions qui répondent à nos besoins fondamentaux.
Des sélections de réponses appropriées prennent continuellement place dans des anciennes structures du cerveau, sans que les personnes n'en soient conscientes. De tels processus ne sont pas délibérés : ce n’est pas un moi conscient qui effectue le choix, mais un ensemble de combinaisons neuronales.

- les émotions primaires
Elles naissent de stimuli qui en sont les déclencheurs innés. Ces émotions primaires sont dites innées : nous sommes très probablement programmés pour avoir peur de certaines choses (des animaux de grande taille, des mouvements comme ceux des reptiles, des sons comme des grondements). Ces émotions naissent dans le cerveau limbique et plus particulièrement dans l’amygdale, donc dans des structures anciennes.

- les émotions secondaires
A la suite de nos expériences, une vaste gamme de stimuli et de situations a été associée aux stimuli qui déclenchent les émotions primaires.
Par exemple, je suis un enfant unique. Papa et maman sont là pour moi. Ils m’aiment beaucoup. Tout va bien. Un jour arrive un petit frère. D’habitude maman est là pour moi, elle me donne de l’amour, à manger, me touche, me parle, me sourit. Là, c’est l’heure de manger et elle me tourne le dos. J’ai faim et elle n’est pas là.
La faim fait partie des besoins fondamentaux dans la survie. C’est un besoin biologique qui n’est pas satisfait. Ça va donc déclencher de la colère. J’associe mon frère à ce stimuli interne qu’est la faim. Plus tard, à chaque fois que je vois mon frère, je ressens de la colère. Il y a un amalgame symbolique entre « l’amour de maman a disparu » et la naissance de mon frère. Cette expérience, grâce au néo-cortex va donner naissance à une évaluation mentale. Dans cet exemple : mon frère a pris l’amour de maman. Quand je le vois, je me mets en colère. Mais, cette émotion est devenue secondaire, ce n’est pas une réaction innée. En théorie, la vue de mon frère ne devrait pas provoquer ma colère.
Ces émotions dites secondaires sont sensibles à une réévaluation consciente, leurs connections partent du néo-cortex.

- genèse d’une émotion
On a plusieurs façons de réagir face à une situation qui provoque une émotion :
- La première est innée, il n’est pas possible de se dominer, il s’agit d’une émotion primaire. La faim, la vue d’un ours devant soi, quelqu’un qui crie derrière nous. Cette émotion est fondamentale pour notre survie.
- La seconde repose sur l’expérience vécue : la vision sur des photos de maisons détruites par des tremblements de terre ou la vision de mon frère dans l’exemple précédent.

 

Prendre conscience de ces émotions face à une situation nous permet d’avoir une réponse modulable à celle-ci. On peut réévaluer la situation et s’y adapter. Nous nous sommes fait une représentation mentale d’une personne ou d’une situation. A un niveau non conscient, des circuits du cortex préfrontal répondent de façon automatique et involontaire aux signaux résultant du traitement des images en question. De façon non consciente, automatique et involontaire, les signaux sont transmis au système limbique qui va déclencher des messages dans le corps pour générer l’émotion. On retrouve là le même circuit que pour les émotions primaires. Ces messages vont passer par le système endocrinien, immunitaire, le système nerveux autonome. Les viscères, les muscles squelettiques, le système moteur vont se modifier et se conformer à l’état associé au type de situation qui a déclenché tout le processus.
En retour, on va percevoir de façon interne les changements affectant le corps par des messages qui vont arriver dans le cerveau (système limbique et système de la réticulée). On est donc informé en continu des changements corporels que l’on vit et on suit, seconde après seconde, leur évolution. On ressent l’émotion. Une émotion est donc la perception d’un état corporel induit par une représentation mentale (une image mentale). Perception de l’état et représentation mentale se superposent en général. Il suffit de penser à quelqu’un pour ressentir l’émotion qu’on lui a associée.

Des preuves scientifiques en faveur la psychosomatique ?
- Où en est la science ?
La psycho somatique est une tentative d’établir des liens entre la psyché et des symptômes physiques. Actuellement aucune équipe scientifique n’a prouvé l'existence d'un lien. Il est fondamental qu'il y ait des recherches sur ce sujet.

- Du coté de la psy ?
A partir des années 1960, il y a émergence de thérapies psycho-corporelles issues de thérapeutes comme Jung, Reich, Rank ou Adler.
Des chercheurs s’y sont intéressés comme A Damasio ("L’erreur de Descartes", "Si Spinoza avait raison" Odile Jacob) et montrent que les émotions génèrent en nous des croyances et nous poussent à des actions. Que le stress, par une cascade de réactions physiques, fragilise le corps. Il devient plus vulnérable aux infections.

- Ce qu’on sait
Actuellement, on sait que, physiologiquement, il existe des connections entre le corps, le mental et les émotions. Que si les émotions sont positives, elles sont favorables à un bon fonctionnement du corps, et inversement (Thierry Janssen « La solution intérieure » Editions Fayard).

- Alors que faire de la psychosomatique ?
Même si cette approche ne repose pas sur des preuves scientifiques, la symbolique de la maladie me paraît intéressante. L’être humain est un être de sens. La psychosomatique en tant que thérapie permet de donner du sens au présent. Par là, on peut accepter la maladie, amener un changement d’état émotionnel, et voir ce qui se cherche en nous à travers cette maladie : une quête initiatique qui amène vers un nouvel état d’être psychique et possiblement physique. Il est fondamental d’être suivi par un médecin pour son problème de santé.

 

La théorie de la psychosomatique :
- La maladie viendrait de nos émotions
Les émotions sont physiologiques (peur, angoisse). Elles affectent le corps ("Psychobiologie de la guérison" E Rossi, éditions du Souffle d’or). Lorsque la charge émotionnelle d’un conflit atteint un certain seuil, il peut être vital pour le cerveau de dévier cette charge qui l’encombre vers le corps, pour libérer la psyché qui peut s’orienter vers autre chose. La maladie est alors un moyen de survivre.
Le cerveau serait donc chargé de gérer biologiquement nos conflits.
Groddeck cite cet exemple : on interdit au nom de la morale à un enfant de voir certaines choses qui sont devant ses yeux (la statue nue, deux chiens qui copulent). L'enfant est pris entre l’interdit de voir et la réalité. Le meilleur moyen de ne pas voir ce qu’on lui interdit est de devenir myope ou aveugle.

- Que se passe-t-il suite à un stress aigu ?
Ma pression artérielle s’élève, mon rythme cardiaque s’accélère… il y a une sympathicotonie intense qui correspond à la phase active où je cherche une solution. Dans ce temps, l’aire cérébrale qui correspond à l’organe va être touchée et les informations données à l’organe vont être perturbées.
Si je parle de mon problème à mon entourage, s’il est compréhensif, je peux accepter de vivre cette situation, mon stress diminue et mon cerveau va refonctionner normalement.
Si je trouve une solution matérielle au conflit, mon stress diminue également.
Mais si je continue à vivre ce problème dans l’isolement, le sur stress produit par ce conflit risque de me faire mourir d’épuisement. L’organisme ne peut pas tenir un stress excessif trop longtemps. En surrégime, on s’épuise. Donc pour me protéger, mon cerveau va transférer le conflit psychique à la biologie.
Cette analyse a été développée par le docteur Hamer, reprise par Salomon Sellam, Christian Flèche, Claude Sabbah, entre autres.

- Différentes voies d’apparition de la maladie :

  1. Un choc psychique, vécu comme un événement inattendu, dramatique et dans la solitude, dont l’importance est telle que je tombe malade. Ce serait assez rare dans la genèse de la maladie.

Ex : mon enfant est assassiné et je développe un cancer du testicule ou un cancer du sein.

  1. Une accumulation de conflit : Il y aurait en fait une sorte de « préchauffage » à une maladie : on vit de nombreux conflits de même teneur qui s’additionnent, puis, à la faveur d’un dernier conflit, le seuil de tolérance est dépassé et on tombe malade.

Ex : depuis que je suis enfant, je suis dévalorisé car on ne voulait pas de moi. Je développe un problème rhumatismal global.

  1. Le transgénérationnel : notre clan (la famille au sens large) a des conflits dont il nous confie la résolution à travers la maladie. Le conflit psychologique des parents peut se transmettre à l’enfant, s’intensifier ou devenir biologique. Le conflit psychologique familial peut s’exprimer chez l’enfant qui naît juste après le drame ou chez l’un de ses descendants.
  2. Un incident pendant la période de la conception et de la gestation

EX : A 28 ans lorsqu’elle est enceinte de moi, ma mère, a un accident de voiture  avec mon frère de 4 ans. Il reste entre la vie et la mort pendant plusieurs jours. Ma mère est très angoissée. A 28 ans, j’ai un cancer du sein.

- Nature du ressenti :
L'identification au conflit est telle qu’on n’en a souvent pas conscience, on subit les émotions sans pouvoir les nommer. Le cerveau va déplacer le conflit sur un organe en rapport avec la nature du conflit : la teneur subjective du conflit détermine la localisation de l’organe atteint.
C’est donc l’analyse du ressenti et non le vécu qui prime. On peut vivre la même chose et avoir des ressentis totalement différents et des maladies différentes. Il est important de regarder symboliquement ce à quoi correspond l’organe.
Par exemple, je suis licencié du jour au lendemain, sans avoir été prévenu :
- je suis content, j’en avais marre de cette boîte, je vais partir en pré retraite
- je suis désespéré, je ne vais plus gagner d’argent. Je vais être en manque : problème au niveau du foie (la réserve de l’organisme).
- je suis furieux, je ne peux pas digérer ça : problème de colon (éliminer les crasses).
Tout comme notre corps a des fonctions physiologiques, en tant qu'humain, nous avons des fonctions psychiques qui leur font écho.
Par exemple, notre système digestif nous permet de faire notre une partie du monde extérieur. Nous avons aussi psychiquement cette capacité d'intégrer des points de vue différents.

 

- L’éthologie
Le cerveau limbique, que nous avons en commun avec les espèces animales, gère les émotions. Il est important de regarder ce qui se passe chez eux car notre cerveau s’est développé progressivement en intégrant à chaque fois les particularités physiologiques et comportementales de chaque espèce. Lors d’un conflit important ou d’un stress aigu, le cerveau limbique réagit et le corps retrouve un fonctionnement archaïque et biologique. Chaque espèce a son propre code de comportement biologique (le lion : un seul par territoire, impossibilité de changer de territoire ; les antilopes n’ont aucun territoire donc peuvent se déplacer facilement).
Par exemple, chez les mammifères, l’urine sert à marquer son territoire. En rentrant chez elles, certaines personnes ont une envie pressante et irrésistible d’uriner. En médecine, on appelle ça le syndrome de la clef sur la porte, lié à un besoin de marquer son territoire. On marque son nom sur la porte lorsque l’on n’a pas ce conflit.

- Intérêt de l’accompagnement thérapeutique
Trouver le conflit initial est difficile, surtout tout seul. En général on trouve des raisons pour expliquer sa maladie. Mais c’est rarement ce qui est en cause, car d’une part, on est trop identifié au conflit et donc sans recul, et d'autre part, l’inconscient se protège d’une activité psychique de stress en refoulant la cause.
Un professionnel accompagne et permet pour comprendre ce qui se cherche en nous.