LA PSYCHOGENEALOGIE
Notre existence s’inscrit dans l’arbre généalogique. C’est l’histoire familiale dans son ensemble, c’est-à-dire les expériences des branches maternelle et paternelle qui donnent forme au présent de l’enfant et conditionnent nos vies d’adulte. Il est donc fondamental de nous pencher sur notre arbre généalogique pour mieux comprendre ces conditionnements hérités de notre famille d’origine et nous en libérer.
Notre première naissance correspond à notre naissance biologique. On peut imaginer une seconde naissance qui consiste à nous différencier de notre filiation tout en l’assumant (comprendre notre héritage sans reproduire les mêmes scénarios que ceux suivis par nos ascendants). On peut, par exemple, hériter des potentialités de nos parents sans les appliquer dans le même domaine qu’eux. Fuir ou rester collé à sa famille ne permet pas cette différenciation. On ne peut pas lutter contre les mémoires du transgénérationnel qui sont inscrites en nous. L’enjeu de la psychogénéalogie est donc de les transformer après les avoir rendues conscientes.
On doit à Anne Ancelin Schützenberger le développement de la psychogénéalogie dans les années 1970 ("Aïe, mes aïeux!" Editions Desclée de Brouwer). Psychologue française, elle a travaillé avec des personnes atteintes de cancer et a mis en évidence des répétitions dans les différentes généalogies, des syndromes anniversaires (des évènements en concordance symbolique entre eux qui surviennent à la même période de l’année).
La psychogénéalogie étudie ces évènements qui correspondent à la circulation de mémoires de conflit, ces charges psychiques non exprimées et inconscientes.
Comme Didier Dumas, psychanalyste l’explique :
Le bébé a une télépathie originaire. Elle lui permet de se construire en se branchant directement sur ses parents. Il aura le même inconscient familial et il va intégrer leur langue sans avoir à l’apprendre. Cette activité psychique spontanée précède le langage.
Notre système de représentations est principalement constitué de trois supports: les sensations, les images et les mots. La mémoire des sensations commence à se constituer chez le fœtus, celle des images à la naissance, avec l’ouverture des yeux, alors que la mémoire des mots n’entre en activité qu’au cours de la troisième année. Cette forme d’activité psychique propre au nourrisson (ou psyché du nourrisson) est alors refoulée. On ne la retrouve, à partir de ce moment là, que dans les rêves.
Par cette psyché du nourrisson, l’enfant est directement en contact avec ses parents. Il vit les émotions de sa mère en symbiose avec elle, c’est sa réalité. Une réalité dont il doit prendre conscience plus tard pour ne pas y rester enfermé toute sa vie. C’est ainsi que circulent au sein d’une famille les mémoires transgénérationnelles : des émotions imprègnent le fœtus et l’enfant sans qu’ils puissent y mettre de mots. S’il existe un secret de famille, l’enfant le saura donc, mais sans pouvoir le nommer, d’où un malaise, une confusion, des difficultés à être dans sa vie qui peuvent être amplifiés par le déni des parents.
Par exemple, dans le film « Un secret » de Claude Miller à partir du roman autobiographique de Philippe Grimbert : un couple juif a un garçon avant la seconde guerre mondiale. La mère et l’enfant meurent en déportation. Le père se remarie et a un autre fils. Il décide de ne jamais parler de son premier couple et de son premier enfant à ce fils. Celui-ci a des comportements étranges : il met une assiette supplémentaire à table, fantasme un garçon de son âge très bon en sport, retrouve des ours en peluche, fait des cauchemars. Il sent qu’il y a eu autre chose avant, mais il lui est impossible de le nommer.
On voit bien dans ce film la circulation de la mémoire familiale.
Autre exemple : un homme épouse une femme contre la volonté de sa belle famille.
Après le mariage, la femme, enceinte, retourne vivre seule chez ses parents. La belle famille fait comprendre au futur père qu’il doit partir, la vie devient infernale. Il part et ne sait rien de son enfant.
A la majorité de son enfant, il retrouve une vieille amie de son ex-femme et lui demande de l’aider à contacter son fils. Il le contacte. Son fils, qui n’a jamais rien su de lui, est musicien comme son père. Il joue le même instrument de musique et le même type de musique.
Dans cet exemple, le fils a cherché inconsciemment à retrouver son père à travers la musique.
Nous sommes engendrés par un homme et une femme qui ont des problèmes, des difficultés, des pressions.
Au plus profond de l’inconscient de ses parents, l’enfant est conçu pour leur éviter de mourir. L’adulte est en demande quand il engendre l’enfant, de prolongement de soi, d’avenir, pour lui-même. Car l’adulte ne voit pas tout de suite l’enfant comme un être, mais comme une possibilité de ré-engendrement. Dans le film de Miller, on le voit bien : le père est un sportif, le premier fils est un sportif, le second fils subi de la part de son père beaucoup de pression pour être un sportif lui aussi. Mais il est chétif…
Dans cette perspective inconsciente, nous sommes là pour réparer ce que nos parents n’ont pas fait. Nos enfants également, dans une obligation de rester fidèles à notre famille pour faire partie du clan. Cela s’appelle la fidélité familiale invisible. Procréer un enfant permet de rester fidèle à sa famille en projetant sur lui ce que l’on ne peut pas réaliser par loyauté familiale. L’enfant n’est alors pas vu pour lui-même car sa conception est déterminée par des enjeux familiaux et/ou sociaux.
On peut citer l’exemple de ce couple, tous les deux sportifs dans des catégories différentes qui n’ont jamais réussi à avoir médaille. Leur fils devient champion de France à 15 ans en natation. Il réalise ainsi le rêve de ses parents.
Tout ce qui est inconscient et caché, les sentiments enfouis, les compromis affectifs et les frustrations resurgiront à la faveur d’une situation de même nature.
Nous sommes les porteurs inconscients des deuils non faits, de conflits non résolus restés accrochés à une branche de notre arbre généalogique. Tant que nous n’en prenons pas conscience, nous fonctionnons de manière automatique pour diminuer ce stress inconscient légué lors de notre conception. Il existe donc une mémoire transgénérationnelle inconsciente qui circule chez chacun de nous.
Pourquoi se différencier de sa famille d’origine ?
C’est fondamental de sortir de la fusion d’avec sa famille, pour vivre sa propre vie et non pas revivre les situations douloureuses, les conflits non réglés de ses ascendants.
Par exemple, une jeune femme épouse un homme qui devient rapidement violent après le mariage. Pourtant ses parents forment un couple heureux. Ayant connaissance de la psychogénéalogie, elle décide de réaliser son arbre généalogique pour comprendre ce qui se passe. Elle interroge ses parents et leurs amis. C’est par ces amis qu’elle apprend que sa mère s’est mariée une première fois avec un homme qui la battait. La mère dément formellement ce fait, connu de tous.
Ou encore : un jeune homme et une jeune femme se rencontrent à une soirée copieusement arrosée. La jeune femme se retrouve enceinte. Ils ne sont pas amoureux. En remontant dans leur généalogie à tous les deux, on retrouve une histoire d’amour entre une grand-mère de la femme et un grand-père de l’homme, interdite par les arrière-grands-parents. On peut voir cette rencontre sans amour qui génère une grossesse, comme une redite à l’envers de l’histoire d’amour impossible de leurs aïeux. On voit à travers cet exemple, que la compulsion de répétition peut se concrétiser positivement ou négativement.
Les secrets et les affects non révélés sont des charges psychiques parasites dont il est nécessaire de prendre conscience pour ne pas tomber dans le piège de la répétition généalogique. Lorsqu’on est pris dans celle-ci, on cherche à réparer des souffrances qui ne nous appartiennent pas, et le plus souvent de façon inefficace.
Par exemple, une jeune femme travaille dans un institut pour aveugles. Son grand-père est mort aveugle.
On peut réparer de différentes manières :
- métier : mon grand-père est aveugle, je deviens ophtalmologue
- conjoint : j’épouse un ophtalmologue
- les enfants : j’appelle ma fille Claire (pour y voir clair), mon fils Raphaël, (comme le saint patron des aveugles)
- bénévolat : je travaille dans un institut pour aveugles
- hobby : je fais la collection de lunettes
Il serait libérateur pour la famille que le grand-père est pu vivre le deuil de sa cécité, l’accepter ainsi que sa famille qui va dépenser de l’énergie pour diminuer le stress familial, mais la charge psychique sera toujours présente au sein de l’inconscient familial.
L’enquête généalogique :
La psychogénéalogie travaille spécifiquement sur l’arbre généalogique.
La relation entre la vie de nos ancêtres et la notre y est abordée, et notamment à travers des répétitions, des dates anniversaires ou un conflit qui expliquent une situation difficile.
L’enquête généalogique demande un investissement important :
Etablir notre arbre généalogique, nommer chaque membre par ses prénoms, son nom de famille, sa date de naissance, les dates de mariage, divorce et de décès pour les personnes décédées, les professions, les drames.
Il faut remonter de préférence jusqu’aux arrières grands parents et si possible une génération avant.
Pour chaque personne de l’arbre généalogique, il s’agit de trouver sa singularité. Il n’est pas possible de rester dans des généralités du type : mon grand père était ouvrier. Il faut encore préciser : Quel type d’ouvrier était-il ? qui d’autre l’était dans la famille ? a quoi cela correspondait pour lui ? sous la pression ou à l’image de qui a-t-il fait ce métier ? aimait-il son métier ?
Par exemple : Mon arrière grand père est mort à la guerre de 14-18 : qui était-il ? comment est-il mort ?
Ou encore : un homme, dont la femme était enceinte, est porté disparu à partir du 27 Février 1913. Elle accouche le 27 Février 1913.
Personne parmi les descendants n’a fait le lien ! Comment cette femme a-t-elle vécu la disparition de son mari et la naissance de sa fille ? Quelle répercussion cela a eu sur les enfants de cette fille ?
Ce sont des questions fondamentales à se poser pour comprendre ce qui se passe dans son arbre généalogique.
Influence de l’histoire sur les évènements familiaux :
Il est fondamental de replacer les évènements familiaux dans leur contexte historique. Les guerres, les drames historiques, les faillites économiques peuvent plonger des familles entières dans le chaos.
Comme le montre Nathalie Zajde dans son livre « Les enfants de survivants de la Shoah », la mort brutale ou la déportation interrompent de façon inattendue des projets de vie et se répercutent dans l’arbre généalogique comme un tremblement de terre.
Ces évènements peuvent donc induire un destin.
L’enfant peut partir avec des croyances très fortes induites par l’histoire, à travers l’inconscient familial.
Les circonstances du mariage de ses parents, leur identité, leur origine sociale, leur profession ; notre mariage
Il y a des données à regarder dans les mariages :
Les prénoms de ses parents ;
Leur date de naissance ;
L’écart d’âge avec ses frères et sœurs ;
La profession des parents
Leur nom de famille
L’âge auquel ils se sont mariés.
La date du divorce s’ils ont divorcé ;
Qui représente le conjoint dans l’arbre généalogique ?

Il y a toutes sortes de motivations cachées qui accompagnent toutes rencontres même dans l’amour comme celle, par exemple de retrouver sa mère ou son père. Ainsi une femme est amoureuse folle d’un homme qui la quitte. Elle ne peut accepter cette rupture, fait une dépression. En étudiant son arbre généalogique, elle découvre que la date de naissance (jour et mois) de cet homme, son prénom correspondent à la date de conception et au prénom de son père à elle. A travers cet homme, elle recherche l’amour de son propre père.
Parfois on retrouve son double. La date de naissance de la personne aimée correspond à notre propre date de naissance ou à notre date de conception. En général il y a un coup de foudre, puis la relation se développe sur un mode purement fraternel.
Les circonstances de notre conception et de notre naissance
Le projet sens :
Cette notion a été établie par Marc Fréchet en analysant les circonstances de sa conception : ses parents se rencontrent, sont très amoureux, mais sa future mère risque la prison pour avoir fait des chèques sans provision. Ils décident donc d’avoir un enfant pour amadouer les juges : le projet de l’enfant sert donc à éviter la prison à la mère. Elle sort après neuf mois de prison.
Marc Fréchet y mettra un sens : il devient psychologue clinicien et travaille avec des femmes pour les aider à sortir de leur enfermement psychique.
Le projet sens correspond à une période qui s’étend du désir de l’enfant, jusqu’à 1 voir 3 ans après la conception.
Le projet correspond à ce que je projette sur mon enfant, consciemment ou inconsciemment.
Le sens est le sens que l’enfant va mettre par rapport à ce projet.
Tout ce qui se passe pendant la période fœtale est à prendre en compte : mariage, décès, déménagements, grossesses, l’attitude des parents à ce moment là : est-ce que j’ai été désiré, attendu ?
Il faudrait pouvoir répondre à certaines questions pour savoir qui on est :
Qui étaient mes parents à cette époque ?
Que se passait-il dans le monde à ce moment là ?
Qu’est-ce qui motive mes parents à avoir un enfant à ce moment là ?
La conception vient en résonance avec une série d’évènements familiaux, sociaux précis (décès, maladie, déménagement, changement professionnel, mouvements sociaux).
Quand un enfant né par accident, on peut être sûr qu’il y a une cause généalogique.
Comme pour ce jeune couple qui a un enfant de 5 ans et qui n’en souhaite plus. Le grand-père paternel (GPP) décède brutalement, la mère « tombe » enceinte quelques semaines après le décès. Le deuil du GPP étant difficile à faire (le père était très proche de lui), ils font un enfant qui va le remplacer, la perte est aussitôt comblée. Dans ce cas, l’identité de l’enfant englobe l’identité de son GPP. Ce lien conception/décès peut gêner le développement psychologique de l’enfant, et la question importante par rapport à cet enfant est : est-ce qu’il va vivre pour lui ou continuer la vie de son GPP. L’arbre généalogique prolonge ainsi la vie du GPP.
Dans cet autre exemple, un couple en pleine réussite commerciale décide d’avoir un enfant. Leur fille symbolise leur réussite commerciale. A travers elle, ils veulent prolonger leur réussite sociale et elle y est donc associée. C’est l’enfant préférée, elle réussit bien sa vie. Mais que se passera-t-il lorsqu’elle rencontrera des difficultés financières ? on peut craindre un écroulement de sa personne car elle s’est bâtie sur le projet parental de conserver leur aisance financière. Pour se faire aimer d’eux, elle doit réussir financièrement. Si ses parents n’avaient pas réussi, ils ne l’auraient probablement pas eu. Elle est donc obligée de réussir, sinon, elle n’existerait pas. Il est important qu’elle prenne conscience de tout ça pour pouvoir exister sans s’écrouler en période de disette.
Les prénoms
Le prénom peut forger un destin :
Pendant la seconde guerre mondial, une jeune femme juive voit sa famille arrêtée sous ses yeux par la Gestapo alors qu’elle est retenue chez la concierge. Elle se demande jusqu’à la fin de la guerre s’ils sont vivants.
En 1945 elle accouche d’une petite fille : Sylvie. On peut entendre l’interrogation de cette femme dans le prénom de sa fille.
Plus tard, sa fille est engagée par un hasard incroyable par les services de la police secrète israélienne. Elle doit les informer des allées et venues de troupes ennemies. Cette stratégie permet de diminuer le stress psychologique du deuil que la mère n’arrive pas à faire.
Le prénom est l’un des principaux constituants de notre identité. Il existe une psychologie des prénoms qui étudie le prénom dans sa signification (Hannah : la grâce), son symbolisme (Raphaël, Saint patron des aveugles), dans le langage des oiseaux (ex : Sylvie)
Il est également important d’étudier le prénom dans ses rapports à l’arbre généalogique en répondant à certaines questions :
Qui a donné le prénom (le père, la mère, ou quelqu’un d’autre) ?
Est-ce qu’il se trouve dans l’arbre généalogique, qui est cette personne par rapport à l’enfant ?
S’il se trouve hors de la généalogie, qui est la personne qui le porte ?
Quelle est l’histoire de ce prénom ?
Lorsque l’on donne un prénom qui est déjà inscrit dans l’arbre généalogique, on induit une répétition qui prive l’enfant de son originalité et de sa différenciation. L’enfant est dépossédé de son unicité, on lui colle une personnalité qui fait écran à une nouvelle vie. On le fait souvent parce que le lien est très fort avec le parent (fidélité ou loyauté qui empêchent la différenciation).
Parfois un enfant peut recevoir le prénom de l’amant ou de la maîtresse.
Une jeune femme, Françoise, a depuis quelques années une histoire d’amour très forte avec un homme marié. Elle porte le prénom de la maîtresse de son père. Sa vie sentimentale difficile reproduit cette vie à trois.
Profession
Il est important de considérer sa profession face à son arbre généalogique :
Est-ce qu’elle est exercée par un membre de la famille ?
Est-ce qu’elle correspond à une réparation (maladie chronique d’un des parents, l’enfant est médecin) ?
Est-ce qu’elle correspond au métier exercé par un amour caché d’un des parents (l’amant de la mère est instituteur, l’enfant est professeur) ?
On peut considérer que des personnes exerçant leur métier avec plaisir et en gagnant correctement leur vie ont dépassé la réparation et se sont appropriées leur profession.
Comme cet homme de formation intellectuelle qui se destinait au métier de journaliste. Il a dû arrêter ses études pendant la seconde guerre pour subvenir aux besoins de sa femme enceinte. Son fils deviendra un journaliste spécialisé dans les conflits mondiaux.
A 40 ans, de nombreuses personnes changent de métier, car elles sortent des fidélités familiales et osent être elles-mêmes.
Il est important de respecter la vocation d’un enfant et de le soutenir dans son choix. S’il est porté par sa famille, il réussira. S’il est frustré, sa frustration va être transmise à ses descendants mais avec un retournement négatif.
Un homme dont les parents sont ouvriers décide par vocation d’être journaliste.
Si les parents vivent cette vocation comme une avancée et le soutiennent, il réussira.
Si par contre cela signifie pour eux une trahison de leurs origines populaires, leur fils aura de grandes difficultés pour trouver du travail et gagner sa vie, jusqu’au jour où il s’affranchira de la culpabilité d’avoir trahit une fidélité familiale.
Les secrets de famille :
On appelle secrets de famille tous les non dits, l’absence de transmission. Les secrets les plus lourds en terme de répercussions sur l’arbre généalogique concernent la mort, la sexualité, la filiation et l’argent.
Il y est important de recueillir patiemment des informations auprès de sa famille, non pas sur un ton péremptoire, mais dans un réel souci de rencontre avec ses ascendants. Il est fondamental de rassurer, d’entourer pour éclaircir certains points et non pas pour régler des comptes. Une seule personne ne peut pas être dépositaire de l’ensemble de l’histoire familiale. Il faut recouper les témoignages, les informations des tiers (les amis). Il faut pouvoir questionner plusieurs membres de la famille sur une même situation. L’histoire ne sera pas la même… Certaines personnes ne peuvent pas révéler une vérité qu’ils évaluent inavouable (adultère). Une tante ou une très vieille amie de la famille (moins impliquées émotionnellement) pourraient rétablir des faits objectifs.
Une jeune femme élevée par sa mère, veut avoir des renseignements sur son père. Sa mère est mutique : pour elle, il est mort. La fille aura l’information par une amie de la famille qui lui révèlera que son père était un homme violent, alcoolique et qu’il n’est pas mort. Lui ne sait pas qu’il a une fille.
Pour chaque personne, il y a un doute sur les origines. On croit que le père biologique est le père légitime, et en fait, c’est l’amant de la mère. Pareillement pour la mère biologique, en fait c’est la sœur ou la grand mère (Aragon, Jack Nicholson).
Le secret de famille attache la personne qui le subit à celle qui connaît. Confuse, la personne reste attachée à la famille et vit sur des sables mouvants. Elle ne peut pas construire son identité.
Dans le film romancé « Farinelli » de Gérard Corbiau qui décrit la vie d’un grand castrat du 18°siècle, on voit à quel point Farinelli reste lié à son frère, avec une relation très ambiguë de rejet et d’attraction. Ce n’est que lorsqu’il sait que son frère est responsable de sa castration qu’il peut s’en détacher.
Il est libérateur de savoir ce qui s’est passé.
Dans plusieurs familles, on voit le viol comme répétition. Une femme dont la mère ou la grand-mère a été violée peut être violée, ou avoir des difficultés relationnelles avec les hommes, ou rencontrer des hommes violents. Le fait de savoir que dans sa généalogie il y a eu des femmes violées lui permet de déculpabiliser et de sortir de ce type de relation.
Les secrets de famille empêchent la personne à exprimer sa singularité.
La vie des morts :
Les morts perturbent beaucoup l’arbre généalogique. Les personnes mortes au moment de notre conception, de notre naissance ou à notre puberté ont le plus d’impact sur nos vies.

De nombreux membres de notre famille sont décédés avant d’avoir atteint une forme de réalisation personnelle. Le processus n’est pas arrivé à son terme, le deuil est difficile à faire, le décès reste comme une blessure que les vivants reprennent à leur compte. Le clan va chercher à réparer soit en prolongeant la vitalité du mort en programmant même longtemps après un enfant à venir. Soit par l’échec, la maladie, le malheur voire d’autres morts qui peuvent également être des tentatives de réparation. Dans ces cas, on leur fait le sacrifice de notre vitalité. Ainsi les domaines stériles de notre vie sont en fait inconsciemment redonnés aux morts comme des offrandes. Cela reste complètement inconscient, comme une façon de penser assez primitive. On se sent responsable et coupable d’être vivant alors que certaines personnes de la famille sont décédées très tôt, donc on lui donne la vie d’un enfant, ses énergies de travail ou d’amour. Dans l’inconscient collectif, cette vitalité va nourrir le monde des morts. Mais ce n’est pas dans le monde des morts, mais dans le monde de l’inconscient familial que cela se passe. Pour se libérer des morts, il est important d’en prendre conscience, de s’en détacher et de reconnaître la valeur de ceux qui sont morts.
Par exemple, ma maladie de peau est le témoin de la présence de mon mari qu’il m’est impossible d’oublier. Si je guéris, il disparaît et je n’ai plus de moyens d’être encore en contact avec lui et de témoigner de sa vie.
Au niveau de l’inconscient familial, le deuil d’une personne jeune, morte de façon injuste, inadmissible et inattendue, est très difficile à faire. Une gestion inconsciente des conséquences de ce deuil non fait s’enclenche souvent par un enfant de remplacement. Comme dans le film « Un secret », le fils aîné disparaît avant le père, la survie du clan est mise en danger. La famille va faire ressusciter symboliquement le disparu à travers un enfant qui devient comme colonisé par le fantôme de ce mort. Cette personne, désignée par le clan, est obligée de ressusciter le mort par fidélité familiale invisible : si elle refuse, elle ne sera pas aimée, voire exclue du clan.
Sa conception est totalement déterminée par le décès inacceptable d’un frère ou d’une sœur. On lui demande de remplacer le mort, ce qui diminue la tension due à la perte.
Van Gogh était un enfant de remplacement. Il est né jour pour jour un an après son frère aîné Vincent Van Gogh dont la tombe était dans le jardin. Tous les jours, il se demandait s’il était mort ou vivant. Il s’est suicidé à 37 ans.
Il est important de connaître son histoire familiale pour sortir des identifications. Tout ce qui n’est pas résolu dans l’arbre familial se retrouve dans les générations suivantes à travers les émotions qui y circulent. Les conflits non réglés sont répercutés chez les descendants et les empêchent de vivre leur propre vie, ce qui serait important en terme de joie, de dynamisme. Sinon ceux-ci revivront des aspects de notre vie pour tenter de les réparer et perdraient le temps qu’ils devraient consacrer à leur propre réalisation personnelle. Se réaliser soi-même permet à nos descendants d’être plus à même de vivre leur propre vie.
Ces identifications étant inconscientes, il est nécessaire d’être accompagné par un professionnel.
Les grandes indications de la psychogénéalogie sont soit simplement de l’ordre de la connaissance de soi, mais également des maladies auto-immunes, des cancers, ou bien des répétitions amoureuses négatives, des faillites, des échecs professionnels récurrents, l’inceste, le suicide, l’alcoolisme…
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